Dix ans...

  • Gaetan DESCHAMPS alias ROLLINGMAN
  • TEXTES
Dix ans...

dimanche 18 juin 2017

 

Salut vieux con,

 

Tu te doutes bien pourquoi je t’écris aujourd’hui, c’est la fête des pères. Demain, oui demain, ça fera une décennie que t’es parti. Tu serais encore là peut être que j’opterai comme d’habitude pour l’attitude du sale petit con, à t’appeler toutes les trois semaines car j’aurai eu besoin d’un service… Dix ans putain ! Dix ans t’en as raté des trucs… Dix ans, ça va aussi bientôt faire dix ans que j’ai fait le Grand Slam National. Ouais t’avais choisi d’être à l’agonie sur la même période, j’étais tiraillé entre aller à l’événement ou à ton enterrement. Vu que tu as toujours été un gentil papa malgré tout, t’as fait le choix de mourir 15 jours avant ! La classe papa ! En plus, j’ai terminé deuxième de la compétition en arnaquant mon monde avec un texte resté célèbre dans les mémoires : « Etre Handicapé ! ». Trois ans après j’ai poussé l’arnaque en gagnant un tremplin musical m’offrant le droit de jouer au festival des Vieilles Charrues. Oui, moi rintintin avec ma voix de lapin d’six s’maines, je chante enfin je cause dans un micro avec de la musique…

 

T’as raté ça, ma lubie persistante d’homme de scène, d’homme de mots. Parfois ça arrive même qu’on me paye pour faire mes simagrées. Tantôt dans un projet rock, tantôt dans un projet théâtre. Rollingman que je me fais appeler, l’homme qui roule, je trouve ça marrant puis ça sonne Rolling Stones : « I can get no Satisfaction ! ». Quand je veux être un peu plus sérieux je me fais appelé : « Gaëtan Deschamps », ça donne à mon coté auteur une couleur : « Pierre Deschamps ». En ce moment j’ai un projet de performance poétique sur la colère des corps, O RAGE, je le fais avec une copine qui est aussi bordélique que moi, c’est dire… Je sais pas si je deviendrais riche avec mes lubies de poètes, je resterai peut être même dans l’entre deux eaux de l’amateurisme et du professionnalisme mais bon au final je m’éclate, j’arrive à toucher les coeurs à défaut de toucher les corps… A la fin de chaque show je regarde toujours vers le ciel, va savoir pourquoi.

 

T’as raté des tas de trucs… T’as raté l’amour de ma vie qui a duré trois ans et que je met sept ans à oublier. C’est un fille tellement lumineuse, elle t’aurai plu sans aucun doute. Je pense que mon coté « adulescent », on s’amuse et on verra bien demain, a fini par l’user… Elle me manque tous les jours et me caresse comme une douleur bienveillante, comme un souvenir quoi. Toute façon les Deschamps on n’est pas des modèles de stabilité. La douleur s’est largement atténué depuis la semaine dernière, quand je me suis enfin décidé à revenir dans la ville où elle habitait. Tu te rends compte, elle se tapait plus de trois cent bornes aller retour tous les quinze jours pour voir ma gueule d’enfariné, je me dis qu’elle devait être amoureuse… J’ai revu son père, ça m’a fait un bien fou. Je crois que ce petit séjour a permis de remettre mes peines aux éoliennes, je regarderai toujours une seconde fois vers le ciel après un spectacle, mais sans sanglots atroces. Bref… 

 

Je me suis laissé pousser la barbe, parait que ça me va pas mal, qui sait je vais peut être la trouver la perle rare, la Maryvonne, celle qui te prend avec tes insupportables défauts et qui t’apaise, qui est fière de son petit Pierre… 

 

T’as raté ma meilleure amie, une petite brune pétillante de partout, belle comme un cailloux fragile, rassurante comme un phare dans la nuit en pleine tempête. « Bah alors ma caille fonce ! ». Je veux bien papa mais elle aime les femmes. « Et alors toi aussi ! » Papa, sois pas lourd. T’as raté mon copain squatteur que j’héberge de temps en temps quand il a besoin de se poser et de se sentir bien. Lui aussi c’est une balise pour moi. Y’a toujours Jean et Laurent mes deux copains de galère du centre. Ils m’ont accompagné à tes funérailles, encore des balises… 

 

Qu’est - ce qu’il pleuvait le jour où on t’as mis dans le trou, une vrai douche. Malheureusement pour toi personne ne s’est mis tout nu. Maman est passé te voir et aux vues de la nudité de ses pleurs désarmés, je crois qu’on peut dire qu’elle t’as toujours aimé. Tu te souviens, toi le pauvre type qui devait aller se faire soigner, ben visiblement tu n’étais pas si naze que ça mon petit papa. Ce jour là j’ai même revu les enfants de ton frère, là je me suis dit que le moment devait vraiment être gave mais au moins il ne m’avait pas oublié… Je les revois de temps à autres, mais j’ai autant de chance de les voir se réconcilier avec leur père, que de courir le cent mètre en moins de dix secondes. 

 

T’as raté Malo, la petite machine à connerie et à bisous qui me sert de filleul… Il est à croquer, j’ai tellement peur de pas être à la hauteur que des fois me prend l’envie de dire à son père, trouve lui un autre parrain, mais je crois que le gamin m’aime bien… T’as raté mes deux petits monstres de chats, que t’aurais adoré emmerder sous mes yeux, par pur plaisir de me casser les burettes. 

 

T’as raté mes passantes, femmes inaccessibles que j’érige en muse, que je titille de ma plume. « Gaëtan l’homme qui aimait les femmes… »   

 

T’as raté l’explosion des produits et de la cuisine bio. Piège à bobo ou réel goût dans nos assiettes ? T’as raté le petit resto où je vais bouffer tous les midi car justement c’est bio, frais et local, loin des pilotes de micro onde. En plus j’apprend à goûter le vin, j’ai enfin compris tout ton cinéma de je remue le verre, je met le nez dedans, je goûte, je recrache… Enfin recracher c’est pas mon truc, un vieux truc de famille surement… L’endroit s’appelle : La Tonnelle A Vins.

 

T’as raté le monde qui part en couille, notre nouveau président de la république est un banquier de trente neuf ans. Le président des U.S.A est aussi intelligent qu’une poule devant un oeuf carré. T’as raté les bombes, attentats qui pètent un peu partout… Bref là t’as pas raté grand chose. 

 

Ah si putain j’allais oublier t’as raté l’En Avant de Guingamp, deux fois vainqueur de la coupe de France ! Enorme !!! T’as raté mon amour pour le Maroc, pays sans pâté Hénaff mais qui me répare l’âme.

 

T’as raté ma trouille de perdre maman et de me retrouver seul au monde comme un poussin prématuré de bientôt trente six piges. T’as raté l’ironie du sort qui consiste à sentir le vide de ton absence, alors que de ton vivant, ça m'en touchait une sans faire bouger l’autre.

 

Allez je t’emmerde pas plus longtemps, l’éternité c’est long, t’as pas que ça à foutre. JE T’AIME PAPA !

 

PUTAIN DIX ANS T’EN AS RATÉ DES TRUCS !

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