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GAETAN DESCHAMPS (Auteur, Parolier...)

GAETAN DESCHAMPS (Auteur, Parolier...)

Découvrez ici les mots, poésies et paroles de Gaëtan DESCHAMPS

Je te présente...

Je te présente...

Salut papa,

 

oui je sais ça faisait belle lurette que j’avais pas cassé les burettes à tout le monde avec mon père mort. Mort ? Allons les morts ne  meurent que quand on les oublie. Oui je sais la dernière image que j’ai de toi m’a transformé en Keith Richards. Un vent malicieux et mon extension de bras proche du néant, a fait qu’au moment de ta dispersion, j’ai pris tes cendres dans le nez. Bon c’est vrai que Keith Richards l’a fait volontairement. Bref il y’a un an, j’ai fait une rencontre.

 

Elle est haute comme trois bites à genoux avec un interminable sourire qui plisse ses yeux remplis d’étincelles flamboyantes. Elle a la malice chevillée au corps et la tendresse en supplément d’âme. Une machine à conneries dans toute sa délirante énergie. Elle a des attitudes sorties tout droit de ton souvenir. Faut dire que je l’ai un peu rencontrée grâce à toi. Mais non, mais non Pierre Deschamps il est pas mort ! Car il… Oui en fait elle est tombée sur le texte que j’avais écrit pour toi il y a un an pour les dix ans de ta grande vadrouille.

 

Apparement elle dit que je lui ai tiré les dernières larmes du printemps ou les premières de l’été. Quelques larmes, quelques souffles, quelques sourires, quelques éclats de voix,  quelques éclats de rires, de nombreuses étreintes plus tard, son ciel est toujours bleu, le mien aussi. Ses étreintes j’en reste muet de frissons tellement c’est rassurant et puissant, tellement que c’est du temps qui se rattrape ! Quand elle s’affale par demande ou envie dans mes bras, histoire qu’on se respire un peu, c’est  … Tu vois j’en perd ma langue. Ma langue que je dénigrais si volontiers dans ses capacités d’amour, faut croire que les temps changent mon bon vieux papa. Oui on s’embrasse à s’en user la bouche et quand on se croit rassasié, on se dévore de plus belle.

 

J’enrage tous les jours de ne pas pouvoir te la présenter, c’est un phénomène, une galaxie à elle toute seule, d’ailleurs elle me construit des voies lactées, des chemins vers l’impossible, les graviers de ton cimetière n’ont qu’à bien se tenir… Elle dit que des fois je lui en demande trop, que je la met sur un piédestal, à ma décharge c’est de sa faute. Ben oui avec des petits riens elle te fait un grand tout. L’autre jour elle m’a fait pleurer avec un reste de crudités ! De crudités, tu te rends compte un peu. En trente minutes, elle m’a peint une assiette pleine de poésie, les formes les couleurs tout était, je sais pas moi, tout était plein de tendresse (surtout la boite de pâtée Hénaff au milieu de l’assiette !). 

 

Je te disais plus haut que c’était une machine à connerie. Je te le dis papa, elle est capable de tout ma petite reine des surprises. Capable par exemple de prendre un chèche rouge sur le parking, se reculer, me regarder et faire : « Olé ! »

Alors ben moi je fais le taureau ! Histoire de goûter à son estocade ! Elle peut aussi jouer les princesses, en montant sur l’accoudoir de mon fauteuil et là tu penses bien que je suis le plus fier

des chevaliers. Pas que mon handicap se barre non pas du tout, mais elle invente, elle invite mon corps à devenir ce qu’il est. Elle peut soudainement sortir un nez de clown de son sac à main, danser dans un cinéma, faire semblant de faire de la corde à sauter nue dans le salon. Elle peut  soudainement dans la rue, par surprise, me montrer son cul. Elle est pas belle la vie ? Son cul dont je dispose comme ça à brûle pourpoint, son cul qui me propose de brûler mes chagrins… Elle peut sautiller comme si elle jouait à la marelle histoire de me redonner mon âme d’enfant… Elle peut « ma muser » en un regard.

 

Elle a un jardin où coule un ruisseau d’amour ! Je déconne pas, y’a vraiment un ruisseau dans son jardin. Je t’imagine déjà fantasmer sur la présence de truites ou sur les renards à roder aux alentours. Je me sens bien chez elle, je me sens bien en elle… Cette maison m’est pourtant pour le moment hostile, pas de salle de bain pour moi, un escalier, je suis réduit à la petite pièce du bas, mais je m’en fout y’a une cheminée !

Puis sinon je gambade sur la gigantesque pelouse à m’enliser les pneus.

 

T’inquiètes j’ai encore mon chez moi rennais. Disons que maintenant on a des « chez nous toi », on navigue dans nos univers.

 

Tiens en parlant de truites et de renards, je l’ai amené dans ton royaume à toi, voir ton moulin et contempler ton étang. Dire que ce petit paradis appartenait à l’amant de ta femme, à l’époque je ne comprenais pas ton culte à cet endroit, on y avait pourtant jeté tes cendres. Maintenant c’est un endroit culte que la Feu Feu a adoré. La Feu Feu c’est le surnom que je lui donne, Ma Feu Feu, mon andouille, ma Paupiette ! Je suis son Houm, sa Patate…

 

Les mots chatouillent un peu moins ma plume ces derniers temps, comme si elle avait effacé mes maux. Sa peau est une page blanche où j’écris des poésies. Maman, un brun jalouse et ébahie par le trésor que j’ai trouvé, l’adore… Elle crie au miracle, peut être parce que le trésor s’appelle Marie. Tu vois j’ai bien fait d’aller à Lourdes.

 

T’inquiètes elle peut aussi être un brun orchidoclaste (cherche la définition dans le dictionnaire), mais les trois quart du temps elle me fait les plus belles déclarations d’amour qu’on m’ait jamais faites.

 

J’aimerai dire à ses enfants qu’ils ont une mère extra ordinaire, mais j’ai peur de passer pour un fayot…  J’aimerai dire à sa mère qu’elle aurait pu lui envoyer un peu plus d’amour plutôt que des aigreurs de vie. J’aimerai lui faire un enfant, j’aimerai qu’elle ne s’inquiète par rapport au souhait précédent. Avec ou sans marmots, moi je l’aime. Toute façon on vivra enfants et on fera beaucoup d’heureux. J’aimerai te dire : « Papa, je te présente Marie. »

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